top of page
Rechercher

L’Altalena : un épisode décisif des premières semaines de l’État d’Israël


En juin 1948, quelques semaines après la proclamation de l’indépendance d’Israël, une crise grave oppose le gouvernement provisoire dirigé par David Ben Gourion à l’Irgoun, organisation armée dirigée par Menahem Begin. Cet épisode, connu sous le nom d’affaire de l’Altalena, se déroule alors que le nouvel État cherche à unifier sous une même autorité les différentes forces armées juives existantes.


Un contexte de guerre et de réorganisation militaire

L’État d’Israël est proclamé le 14 mai 1948, dans un contexte de guerre. Quelques jours plus tard, le gouvernement entreprend de créer une armée nationale, Tsahal, en intégrant les différentes organisations militaires juives.

Le 1er juin, un accord prévoit notamment l’intégration des combattants de l’Irgoun dans cette nouvelle armée. La situation reste toutefois particulière à Jérusalem, où des unités de l’Irgoun continuent alors d’opérer séparément.

C’est dans ce contexte que l’Altalena, un navire affrété par l’Irgoun, quitte la France le 11 juin avec plusieurs centaines de passagers ainsi qu’une importante cargaison d’armes et de munitions.

Cette date correspond également au début de la première trêve de la guerre, négociée sous l’égide des Nations unies. Les conditions de la trêve limitaient notamment l’arrivée de combattants et interdisaient l’introduction de matériel militaire. Le médiateur de l’ONU considéra par la suite l’arrivée de l’Altalena comme une violation de ces dispositions.


Un désaccord sur la destination des armes

À l’approche du navire, des négociations s’engagent entre les représentants de l’Irgoun et ceux du gouvernement.

Le principal désaccord concerne la répartition des armes transportées. L’Irgoun souhaite qu’une partie de la cargaison, notamment environ 20 %, soit destinée à ses forces présentes à Jérusalem. Il demande également que certaines armes puissent être attribuées à des unités composées d’anciens membres de l’Irgoun récemment intégrées à Tsahal.

Le gouvernement considère de son côté que la cargaison doit être placée sous l’autorité de l’armée nationale.

Les sources disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude tous les détails des négociations ni la portée exacte des accords éventuellement conclus sur la répartition des armes.


Les affrontements de Kfar Vitkin

Le 20 juin, l’Altalena arrive au large de Kfar Vitkin, au nord de Tel-Aviv. Le débarquement des passagers et d’une partie du matériel commence.

Des forces de Tsahal encerclent ensuite la zone et demandent que les armes soient remises à l’armée. Les discussions n’aboutissent pas et, le 21 juin, des échanges de tirs éclatent entre des membres de l’Irgoun et des soldats de Tsahal.

Les témoignages divergent sur les circonstances exactes du déclenchement des combats, et il n’est pas possible d’établir de manière incontestable quel camp a tiré le premier.

Après ces affrontements, l’Altalena quitte Kfar Vitkin et se dirige vers Tel-Aviv.


La confrontation à Tel-Aviv

Le 22 juin, le navire se trouve près de la côte de Tel-Aviv. Des membres de l’Irgoun sont présents à bord et sur la plage, tandis que des unités de Tsahal sont déployées dans le secteur.

De nouveaux échanges de tirs ont lieu. Le gouvernement maintient son exigence de remise des armes et les forces de Tsahal reçoivent l’ordre de prendre le contrôle de la situation.

Dans l’après-midi, l’artillerie de Tsahal tire sur l’Altalena. Un obus atteint le navire, qui prend feu. Ses occupants l’évacuent et une partie importante de la cargaison est détruite.

Au total, les affrontements de Kfar Vitkin et de Tel-Aviv font 19 morts : 16 membres de l’Irgoun et 3 soldats de Tsahal, ainsi que plusieurs blessés.



Les conséquences

Après la destruction du navire, Menahem Begin appelle ses partisans à ne pas étendre les affrontements. La crise ne se transforme donc pas en conflit armé généralisé entre l’Irgoun et les forces gouvernementales.

Plus de deux cents membres de l’Irgoun sont arrêtés dans les jours suivants, avant que la plupart ne soient libérés. Le processus d’intégration de l’Irgoun dans Tsahal, commencé avant l’arrivée de l’Altalena, se poursuit et ses unités militaires distinctes disparaissent progressivement.

L’affaire contribue ainsi à renforcer dans les faits le contrôle du gouvernement sur les forces armées du nouvel État.


Un épisode qui reste discuté

Les principaux événements de l’affaire de l’Altalena sont bien établis : l’arrivée du navire et de sa cargaison, le désaccord sur la répartition des armes, les affrontements de Kfar Vitkin et de Tel-Aviv, l’utilisation de l’artillerie contre le navire et le bilan humain.

Certains aspects restent cependant débattus par les historiens, notamment le contenu précis des négociations précédant les affrontements, les responsabilités dans le déclenchement des premiers tirs et l’appréciation des décisions prises par les différents acteurs au cours de la crise.


Soixante-dix-huit ans plus tard, l’Altalena demeure un épisode important de l’histoire des débuts d’Israël, à la fois parce qu’il s’est produit au cœur d’une guerre et parce qu’il a accompagné la difficile transition entre plusieurs organisations armées et une armée nationale placée sous l’autorité d’un gouvernement unique.

 
 
 

Commentaires


bottom of page