« Survivre sans haine et rester humain, même au cœur des ténèbres»
- WIZO-Lausanne
- 1 févr.
- 3 min de lecture
Avinatan Or, ex‑otage du Hamas resté 738 jours dans les tunnels de Gaza, raconte sa captivité isolée, une tentative d’évasion avortée, les tortures subies et les règles mentales qui l’ont aidé à survivre. Avec d’autres ex‑otages, il a témoigné à Washington, devant l'Assemblée Générale des Fédérations juives d'Amérique du Nord, avant de rencontrer Donald Trump.

Son message d’espoir tient en trois idées : On peut survivre
si l’on refuse de se laisser détruire par la haine,
si l’on se raccroche à quelques mots simples comme « cela aussi passera » et « patience »
et si l’on s’appuie sur la solidarité des autres pour rester humain, même au cœur des ténèbres.
Suit une partie du texte de son intervention :
Je m’appelle Avinatan Or, j’ai 32 ans.
Comme vous le savez tous, le 7 octobre, j’ai été enlevé avec Noa (Argamani) lors du festival de musique Nova.
J’ai passé 738 jours sous terre à Gaza, en captivité du Hamas, seul, enchaîné, sans lumière et sans nourriture, l’un des derniers otages à rentrer à la maison.
Toute ma captivité s’est déroulée dans les tunnels, seul. Pendant plus de deux ans, je n’ai pas vu la lumière du soleil.
Les jours passaient sans que personne ne me parle.
Je n’entendais pas ma propre langue.
Personne n’appelait mon nom.
Le plus difficile, c’était de ne rien savoir :ni quel jour on était, ni ce qui se passait dans le monde,ni si les personnes que j’aime étaient encore en vie.
Pour survivre, je me suis créé des règles.
Règle numéro un : La patience.
Chaque jour, je me disais : encore un jour. Ne pense pas plus loin. La patience était ma bouée de sauvetage.
Règle numéro deux : Trouver un terrain d’entente.
Je parlais avec mon geôlier de foi, de la Torah et du Coran,de Joseph et Youssef, d’Abraham et Ibrahim – des noms différents, mais des histoires universelles. Cela me rappelait que l’humanité peut exister même dans les ténèbres.
Règle numéro trois : La colère te détruit.
On ne peut pas survivre en se nourrissant de colère. Je me laissais parfois la ressentir, puis je la laissais partir.
Règle numéro quatre : Garder l’esprit en action.
Ma formation d’ingénieur m’a sauvé. Je comptais les pas, je collectais des données. J’ai fabriqué une petite lumière à partir de câbles cassés. Je planifiais des routes d’évasion dans ma tête. Je me disais : tu ne laisseras pas les autres décider de ton destin.
Et j’ai essayé de m’évader. J’ai creusé pendant des semaines à travers des sacs de sable, à travers un tunnel effondré, vers la surface. Je me suis forcé à agir pour changer mon propre destin.
Un jour, alors que je creusais, j’ai heurté la racine d’un arbre. Je l’ai sentie. C’était comme toucher la vie dans un lieu de mort.
Puis, une nuit, j’ai atteint l’extérieur. J’ai vu les étoiles pour la première fois depuis des années. Je marchais, otage, sur un sac de sable blanc, en planifiant ma prochaine étape.
Mais ils s’en sont aperçus. Ils m’ont battu pendant des jours. Ils m’ont attaché à une chaise pendant une semaine. J’étais sûr que j’allais mourir là-bas.
Mais même à ce moment-là, j’ai écrit trois choses à côté de mon lit : « Cela aussi passera », « Patience » et « Laisser faire ». Ces mots m’ont gardé humain.
Dans les tunnels, j’ai eu beaucoup trop de temps pour réfléchir à la vie. Je pensais autrefois que j’avais la poisse – comment cela pouvait-il m’arriver à moi ?
Aujourd’hui, je comprends autre chose.
Tout, dans ma vie – mon enfance, mes parents, mon éducation, mon service militaire,le travail sur les chantiers dans la construction, mes études d’ingénieur – tout cela a fait de moi ce que je suis.Et ce que je suis, c’est ce qui m’a permis de rester en vie.
Je m’appelle Avinatan Or, j’ai 32 ans...




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